Version imprimable Où est-je?

La carte bleue ne montre pas la mer


"Le fauve se termine par le champ, comme la nuit par le jour "

Léon Dropezaune, Vie du douanier Rousseau
 

Là je fouette. J'ai pas encore écrit un mot sur le sujet du billet, j'ai déjà peur. Je sens comme une immense responsabilité.
Y a de quoi: le dernier billet causait de la Nature, les tits zoizeaux, les sardines, un peu comme dans un skyblog.
Résultat?
Hmm?
BP.
Plus exactement Deepwater, pétrole, forage, catastrophe titzoizeaux tout sales, sardines dégueus, comme si les aimables employés de Brit Pet' avaient percé un gros comédon sur les flancs de Nature.
Pour l'instant dans un moment d'esbrouffe Obama et BP ont décidé de faire croire que le pétrolier allait payer 20 miyards.
Mais imaginons qu'au lieu de s'ennuyer à cocher les noms des mecs sur qui il va envoyer un drone au Pakistan, le Prix Nobel de la Paix décide que rien ne serait arrivé si le shplouc n'avait pas causé de la Nature? (si à ce stade vous pensez qu'il me faut des médicaments anti-parano, je peux vous promettre qu'une dose d'aspirine vous sera utile à la fin du billet)
Et qu'il dise: soit les Ets leblase remboursent la dette de BP, soit on les drone.
Vous je sais pas, mais moi ça me gâcherait les vacances des enfants, légitimes et naturels.
Devant une telle menace il importe d'avoir une bonne assise

D'un autre côté ce qui me sauve, c'est justement moi. Car la vraie question du 21ème siècle n'est plus qui suis-je, mais où suis-je?

Qui je suis c'est facile: à part Brice le Moite, n'importe qui peut consulter un moteur de truc et constater les milliers de références qui cachent la vraie mais me permettent tout de même de faire pression sur les SAV, les compagnies d'avion et les meilleurs restaurants de Berlin.
Qui je suis pour l'autre c'est selon son humeur, ma dette ou la sienne, s'il y a ou non une femme, un boulot, une place de parking entre nous. S'il y a prééminence ou juste éminence.

Mais où suis-je?
Ce ne sont ni les cartes de crédit, les GPS de mon telephone, les ip ou autres caméras de surveillance qui le diront.

En effet, où commence moi?
Dans ce lien de deux êtres?
Où finis-je?
Si l'on sait depuis Michelin que la carte n'est pas le territoire, depuis Platon que je n'est pas un, depuis Freud que je n'est pas ça ou comme Leibnitz que je n'est pas ici non plus, on ne sait pas encore si, comme dans un dessin de fix
ici dessin de fix représentant un lapin ivre besognant un tanard
je finis quand tu commences.
L'Autre est-il qui nous ne sommes pas ou ce que nous ne sommes plus?
Donc qui est nous, si ce n'est, précisément, ceux qui sont là?

Quand je dis moi, c'est toi aussi, bien sûr.
Ce toi exclut-il les autres comme le moi s'indivise?
Le mot couché sur un papier, la trace de lèvres rouges sur un col, le cratère de la bombe disent plus le passage du temps qu'un aperçu d'espace: ils sont un moi avant, mais pas un moi ici.

Ainsi commence Untel, à ce bord de moi-même.



Peut-on dire en regardant la Terre qu'un coin est vous? A vous? Ou que vous y êtes?
Si vous avez répondu oui à une des trois précédentes questions, avez-vous déjà vécu dans une salle capitonnée, vêtu(e) d'une chemise à manches looonnngues?
Lorsque vous tapez leblase sur mappy ou gouglemap, êtes-vous gratifié d'une photo?
Si oui, est-ce un lieu?
Sinon, un non-lieu comme disait la Cour?
Savez-vous que l'on investit des sommes folles pour cartographier non plus la planète, mais la Vie?
Qu'est-ce qu'un bon plan?
Et si l'Autre, c'était toujours l'autre centre du monde?





 


Version imprimable Je penche donc je fuis




"C'est beau l'Océan, mais que de terrain perdu!"

Maupassant, in "Monnier"



On se dit c'est ben triste, va.. Tous ces gens qui ont des catastrophes en veux-tu en voila, que je te massacre au Congo/Guinée/ailleurs, que je t'opprime en Birmanie/Corée du Nord/Zimbabwe, que je te mets des bombes antifoule en Irak/Afghanistan/Pakistan/ailleurs, que je te crève de faim en Ethiopie/Corée du Nord (encore?)/Zimbabwe(encore?)/ailleurs et que je te secoue la terre en Haïti/Indonésie/etc.
Sans parler de la police politique, la terreur, les tortures, l'arbitraire, les clowns, etc etc.

Ce qui fait dire à certains que puisque nous vivons dans une société si mieux meilleure si bien bonne, on n'a aucune raison de restreinde cette surveillance qui nous protège: vivent les caméras dans la rue, les contrôles faciès, Loppsi,les scans intégraux et les profilages.


du genre, j'ai rien à cacher

Parce que nous, t'vois,qu'est-ce qu'on a comme cata? la crise.. Que dalle, quoi.
Et encore on appelle ça la Crise avec un grand c comme dans Cul et Chemise pour faire bien, mais au bout du compte chacun prend sa bagnole pour pointer au chômage une fois lancé le programme de la machine à laver/lave-vaisselle/four/enregistreur DVD.
Comment ça se fait qu'on est si bien si heureux?
Si libres.
C'est qu'on est en plein Droits de l'Homme, qu'on vote, qu'on est républicains, civilisés depuis avant tout le monde toujours longtemps un moment et qu'on le saurait si on était, heu..muselés.

Une société éclairée, une démocratie ouverte.
Comme nous.
Cette administration de nos vies qui nous permet toujours d'envisager l'impossible, grâce à l'égalité des chances, que y a pas à dire c'est pas pareil partout mais ici, si: il suffit de connaître quelqu'un.

Vu qu'on est presque tous quelqu'un, y a une issue à tout
 
Bien sûr, Toute cette richesse, ce bien-être, cette immense culture dans laquelle nous baignons du soir au matin et qui nous permet de déceler le Bien du Mal ne serait rien si nous nous fermions à ce qui nous entoure. Or il n'en est rien:
 

toujours nous gardons une fenêtre sur le monde

Et une fois qu'on a regardé le monde, ben on est contents de rentrer chez soi, hein; confiants dans nos instances dirigeantes qui savent ce qu'elles font, nos juges intègres, nos journalistes impartiauxet lucides, nos profs consciencieux et syndicalisés, nos intellos écorchés au chouette look. Sans oublier le web, hein: lemonde.fr, CNN.com, leblase.net, pravda.ru, bbc.uk.co, services-publics.nkm, lepape.god, etc.etc, qui maintiennent une veille sur la liberté, l'ouverture d'esprit qu'on n'a pas, par exemple, là ou là.

Des fois qu'on serait terroristes ou pédopornograves

Cette sérénité officielle ne ressemble t'elle pas au bonheur Total?
Ces richesses disponibles ne nous confinent-elles pas dans notre propre absurdité?

Ce consensus condescendant sur les désordres des banlieues (voleurs ou voilées), cet apitoiement consterné sur les crimes sordides des petites gens (chérie, t'as mis le bébé au congélo?), ce juste courroux face aux vilains voleurs d'élections (putains de religieux politiques/militaires sous coke/partis politiques clientélistes, va), ces larmes éclairées sur les malheurs des autres (t'as vu, les vacances à Haiti ou au Yemen c'est rapé) sont-ils sincères?
Ne croyez-vous pas plutôt qu'on nous les sert comme garde-fous?
D'ailleurs, êtes-vous du côté des gardes ou du côté des fous?