Version imprimable Je penche donc je fuis




"C'est beau l'Océan, mais que de terrain perdu!"

Maupassant, in "Monnier"



On se dit c'est ben triste, va.. Tous ces gens qui ont des catastrophes en veux-tu en voila, que je te massacre au Congo/Guinée/ailleurs, que je t'opprime en Birmanie/Corée du Nord/Zimbabwe, que je te mets des bombes antifoule en Irak/Afghanistan/Pakistan/ailleurs, que je te crève de faim en Ethiopie/Corée du Nord (encore?)/Zimbabwe(encore?)/ailleurs et que je te secoue la terre en Haïti/Indonésie/etc.
Sans parler de la police politique, la terreur, les tortures, l'arbitraire, les clowns, etc etc.

Ce qui fait dire à certains que puisque nous vivons dans une société si mieux meilleure si bien bonne, on n'a aucune raison de restreinde cette surveillance qui nous protège: vivent les caméras dans la rue, les contrôles faciès, Loppsi,les scans intégraux et les profilages.


du genre, j'ai rien à cacher

Parce que nous, t'vois,qu'est-ce qu'on a comme cata? la crise.. Que dalle, quoi.
Et encore on appelle ça la Crise avec un grand c comme dans Cul et Chemise pour faire bien, mais au bout du compte chacun prend sa bagnole pour pointer au chômage une fois lancé le programme de la machine à laver/lave-vaisselle/four/enregistreur DVD.
Comment ça se fait qu'on est si bien si heureux?
Si libres.
C'est qu'on est en plein Droits de l'Homme, qu'on vote, qu'on est républicains, civilisés depuis avant tout le monde toujours longtemps un moment et qu'on le saurait si on était, heu..muselés.

Une société éclairée, une démocratie ouverte.
Comme nous.
Cette administration de nos vies qui nous permet toujours d'envisager l'impossible, grâce à l'égalité des chances, que y a pas à dire c'est pas pareil partout mais ici, si: il suffit de connaître quelqu'un.

Vu qu'on est presque tous quelqu'un, y a une issue à tout
 
Bien sûr, Toute cette richesse, ce bien-être, cette immense culture dans laquelle nous baignons du soir au matin et qui nous permet de déceler le Bien du Mal ne serait rien si nous nous fermions à ce qui nous entoure. Or il n'en est rien:
 

toujours nous gardons une fenêtre sur le monde

Et une fois qu'on a regardé le monde, ben on est contents de rentrer chez soi, hein; confiants dans nos instances dirigeantes qui savent ce qu'elles font, nos juges intègres, nos journalistes impartiauxet lucides, nos profs consciencieux et syndicalisés, nos intellos écorchés au chouette look. Sans oublier le web, hein: lemonde.fr, CNN.com, leblase.net, pravda.ru, bbc.uk.co, services-publics.nkm, lepape.god, etc.etc, qui maintiennent une veille sur la liberté, l'ouverture d'esprit qu'on n'a pas, par exemple, là ou là.

Des fois qu'on serait terroristes ou pédopornograves

Cette sérénité officielle ne ressemble t'elle pas au bonheur Total?
Ces richesses disponibles ne nous confinent-elles pas dans notre propre absurdité?

Ce consensus condescendant sur les désordres des banlieues (voleurs ou voilées), cet apitoiement consterné sur les crimes sordides des petites gens (chérie, t'as mis le bébé au congélo?), ce juste courroux face aux vilains voleurs d'élections (putains de religieux politiques/militaires sous coke/partis politiques clientélistes, va), ces larmes éclairées sur les malheurs des autres (t'as vu, les vacances à Haiti ou au Yemen c'est rapé) sont-ils sincères?
Ne croyez-vous pas plutôt qu'on nous les sert comme garde-fous?
D'ailleurs, êtes-vous du côté des gardes ou du côté des fous?