Version imprimable Doigté

Sous la plage les pavés


"Dire qu'une chose est vraie,
c'est dire qu'une chose est ce qu'on croit qu'elle est"

Wittgensblase, Patractatus




D'où je suis on ne devrait normalement rien entendre.
Donc je pourrais tout dire.
J'écris pourrais pas pourrai.

Pourtant ça cacophone, grince, hurle, ricane, parle sans rien dire que des mots qui partent de rien pour arriver nulle part, dénoncent mais taisent l'aphonie sémiotique de l'époque.



des tas de trucs

De là où je me dresse on voit un tas de trucs.
Des trucs invisibles multiples, renouvelés, sans noms mais pas innommables.
Ces trucs que je vois, personne d'autre ne les voit.
Est-ce parce que je suis seul?


De là où je suis étendu je sens plein de choses: la terre, l'herbe, les ondes électromagnétiques qu'il n'y a pas, la crotte de coelacanthe, la sueur sous mes bras.
Est-ce parce qu'il faut vivre?
Parce qu'il n'y a pas de bornes, pas de plats surgelés, pas de mérite?



C'est dans le rond qu'est la ligne

De ce que je pense il n'y a rien à penser.
Donc tout pourrait me venir à l'esprit mais ce tout, faut-il l'émettre?
Parce que grâce à on ne sait quoi je saurais discerner le moment où la frustration devient la faim, la rancune devient la haine, l'envie devient la folie, la paix devient la guerre, l'humain devient le monstre?

Là où je dors il y a des vies et certaines ne s'éveilleront jamais .
Mais aussi, dormons-nous seulement pour fermer les yeux?



Version imprimable Plus encore

Moins du reste


"L'avenir appartient à ceux
qui ont des ouvriers qui se lèvent tôt"



Oscar Szchpluk, Pour une économie vraiment sociale, 1856


Il me reste un jour à vivre.
Peut-être un peu plus, genre deux. Ou alors vingt ans, va savoir. Ce qui est sûr c'est que quelque soit la quantité d'inégales journées, heures, minutes, elles commencent maintenant pour aboutir à ce qui devrait être la seconde la plus dense, la plus absurde et la plus effarante de toutes, la dernière.


Après, c'est vous qui verrez

L'illusoire flux linéaire à densité variable du temps ira son petit train, à peine perturbé par des scènes de tout et de rien dont personne ne se rend compte sur le coup: c'est toujours après le maintenant, alors que pendant le maintenant on attend, on suppute, on projette on programme, on espère l'après.
Jamais en nous-mêmes.

On déplace.
On déplace parce qu'on n'est jamais ni sur la place idoine, ni au moment adéquat.

On devrait être là où mais non.
On est déplacés, quelque soit notre positionnement, comportement ou attitude.

Et tant mieux, si vous voulez mon opinion.
D'ailleurs, que vous veuilliez ou non cette opinion sacrée, qu'importe: tant mieux.
On est déplacés comme les mots de la vérité, déplacés comme la source de tout, déplacés comme l'origine de la certitude.
Aussi conviendrait- il d'assumer ce décalage en nous-mêmes et ne pas en laisser l'exclusivité à ceux qui déplacent pour nous les inepties du bien et du mal, les insultes que sont la liberté, la parole de dieu, la voix de la raison, la loi, l'ordre, la sécurité de tous, garanti, assurance, le vivre mieux, la justice, le bonheur.

Rien que des mots. Très, très déplacés.

La falsification officielle et démocratique, ce vieux truc qui s'affine désormais plus vite.

Le plus déplacé de tout n'est-il pas ce qui se met en place actuellement: cette société humaine où l'humain est de trop tel qu'il est, à savoir encore trop charnel pour qu'on élude ses besoins physiques, mais déjà trop numérique pour qu'on ne se soucie pas d'alimenter sa famine?

L'espace entre les strates sociales achève de s'épaissir, les marqueurs de se durcir, les moyens de reconnaissance entre deux âmes s'atténuent dans la profusion de faux détails, d'informations trompeuses, d'évènements qui n'en ont jamais été.
Quelque soit notre rang social, du plus riche au plus pauvre, nous sommes finalement déplacés comme le bétail, comme les troupes d'un général à la con.


comme le sont les graviers par un jardinier zen.

Avez-vous entendu parler du libre-arbîre?
  1. Si oui, ne pensez-vous pas que les concepts d'arbitrage et de liberté sont antinomiques?
  2. Sinon, en avez-vous parlé avec les sardines de la boîte que vous venez d'ouvrir?
Croyez-vous que ce qui se passe dans le monde au moment où ce billet est écrit correspond à ce qui se passe au moment où s'en écrira un autre?
Notre place n'est-elle pas justement de ne pas y être?


Version imprimable Tout s'explique

rien ne s'implique

"Quand j'aurai le temps, je ferai autre chose"

Bachar-al-Assad, Oeuvres complètes

En me curant le nez, je dirais que le contenu d'un espace de réflexion n'a pas beaucoup d'importance: le monde d'aujourd'hui ne tourne pas autour de pensées nouvelles mais de commentaires sur ce qui est une idée nouvelle et en fait n'en est pas.
Pourquoi?
Parce qu'une pensée nouvelle, c'est un peu comme un prophète: on la reconnaît après sa disparition.
Elle réapparaîtra néanmoins, pasteurisée et mixée dans ce qu'on appelle un débat (discussion de poivrots modernes auto-désignés experts -habituels bêbêtes à noeuds papillon payés par les grosses compagnies pour parler et endormir ceux qui les écoutent).
Nous ne sommes plus dans un monde en question(s) mais dans un univers de réponses: rapides, constantes, définitives.
nous vivons dans un monde expliqué.
Quelle que soit la question qui vous vient à l'esprit ou que votre nana pose (dans ce dernier cas et si c'est en public il est indispensable d'être le premier à répondre d'un air savant), vous pouvez combler le vide par une explication en citant un article lu dans la presse, qui était autrefois rédigée par un journaliste mais l'est  désormais par un étudiant en CDD, un stagiaire ou Wikipedia.
On n'appréhende plus, on ne renie ni ne dénie plus (c'est même souvent un délit), on ne remet pas en question, on ne retourne pas le cadavre.
On explique.

"Tout s'explique" est d'ailleurs à la fois une expression courante et l'affirmation qu'on peut mentir sur tout. Comme l'absence ou le vide font peur -soit en ouvrant la porte au questionnement, soit en refusant la satisfaction immédiate-  alors on commente, ou on commente l'expllcation ou même on commente  le commentaire de l'explication.
L'explication elle-même n'étant qu'une bouillie de caractères basés sur ce qu'on appelle une information, elle-même aussi peu consistante qu'une amitié de réseau social.
Le monde échappe aux humains justement au moment où il n'y en a jamais eu autant (d'humains, pas de monde. Encore que...).

Enlever un truc ne crée pas du rien

Le brassage d'idées, la confrontation des esprits, l'exposition aux abîmes de l'insavoir, n'ont pas lieu d'être dans ce système-monde antagoniste où outils modernes et mathématiques soutenues par l'informatique se sont emparés de ce qui restait d'imprécisément possible: l'individu cède la place au dividu, et nous croyons encore dire je.
Ce système-monde, technique et totalitaire, fonctionne d'une façon à la fois très simple et y a pas plus complexe: nous sommes soumis aux "dirigeants" politiques, qui agissent en fonction de l'économie laquelle est tributaire d'entreprises dont les patrons se soucient surtout des actionnaires obnubilés par les places financières elles-mêmes régies par des algorithmes implantés dans des réseaux informatiques agissant et réagissant trop vite pour que les financiers interviennent.
Comme quoi le monde moderne est aussi un drone de monde.

Le besoin d'un narratif exigé par la société pour avaliser une tentative de réel peut-il être infléchi?
Bouger une pièce ne crée pas d'espace, mais un sandwich plus sec.
On attend l'inattendu pour lui couper la tête.

Nous avons petit à petit confié notre univers aux substrats.

C'est d'ailleurs sans doute pourquoi le shplouc est écrit par un faux.
Maintenant que le statut de liberté est obligatoire, comment échapper au bracelet électronique des nouvelles relations?
Voyons-nous que nous sommes ce qui nous entoure?
Les adjectifs ont-ils remplacé les châtiments corporels?
Le corps autonome est-il dissimulé sous l'obésité du pauvre?
Le manifestant tabassé de la place Tahrir n'est-il pas plus libre que le syndicaliste qui défile paisiblement entre la Bastille et la République?
Ne préférez-vous pas les petites culottes aux strings?


Version imprimable La tournée


"On commence par avoir peur de la fin et on finit par avoir peur du début"

Ahblass inventeur de la roue, Summer 3507 av.JC
 
 
En ces temps où tout semble possible, la vision des limites se fait plus claire.
Devant cette perspective qui offre autant de poursuite que d'arrêt, de mutation que de fin, les Ets leblase se sont comme d'hab' posé des tas de questions sur l'amour, la vie, le prix du pain et l'existence d'une entité supérieure qui saurait tout, aurait tout écrit (même cet article) à l'avance, et aurait attribué à chacun son point de non-retour, son glissement vers les abysses.
Comme ce genre de truc fait sinon un peu peur, du moins serre le ventre, je me suis empressé de faire appel à tous ceux qui auraient une chtite vision de l'avenir. J'ai essayé les cartes, les dés, les entrailles de chèvre, les yi-king et autres techniques, mais sans rien voir nettement.
Je suis donc allé directement consulter un représentant de l'interface homme/dieu, qui m'a dit ceci:
 
"Sois confiant


Tourne-toi vers le ciel"
Comme je tirais la tronche en trouvant que c'était un peu court, il poursuivit sur l'air des Fantasia en la mineur pour deux pianos de Mozart (K.608):

"Oublie ce qui fut, sermonna t'il,

car le passé n'est pas moins un mirage que l'avenir.

Souviens-toi de ce qui est 
 

Car ce qui est, vit

N'attends pas ce qui sera
car le futur t'a peut-être déjà quitté".



Après ça j'ai fait ce que tout être humain normalement constitué aurait fait: je me suis tapé un p'tit blanc sec au Baltos, le café du coin et je me suis gratté le cerveau, aussi rasséréné qu'un cochon content de descendre du camion qui l'amène à l'abattoir.

C'est sûr, ceux qui maîtrisent le réel, le spirituel et l'alcool sont impressionnants. Mais ne sont-ils pas plus compètement dans les choux que les rêveurs?
Les Ets leblase vont-ils se délocaliser?
Aurions-nous fait le tour de la question?
Au fait, c'était quoi la question?


Version imprimable crise de quoi


"Ce qui compte échappe à ceux qui comptent"

Taylor St-Blas, Nairobi 1895


Nous avons donc cessé d'être un pour n'être désormais plus considérés que pourcents.
Pas seulement nous d'ailleurs: toute notre évaluation du monde y est passée.
Pourcentages de la population, du chomage, des indices boursiers, des indécis, des nitrates, du PIB, du déficit, de la croissance, des intentions, du rapport hommes-femmes, vieux-jeunes, pauvres-riches, de matière grasse ou de sucre dans le sang.
Pas de notion de l'esprit dans cet énuméré. Pas de percée linguistique, de naissance d'un concept, de vision philosophique, de création artistique ou scientifique bouleversante.
Pas de progrès humain, juste une fraction du tout que formeraient les autres.
 
Il en est de même pour la gouvernance du monde.

De nouveaux prêtres en costars sans humour ni vision, sans questions ni autres hésitations que le nombre de zéros à aligner, vont dire ce qu'est le ciel.

De plus en plus de chiens de garde, flics, brigades de choc, contrôleurs; d'armées modernes robotisées;  de drones sur nos têtes, de caméras ou de mouchards intrusifs, d'humanitaires à bâtons, de penseurs à même pas deux balles vont s'assurer qu'on sorte la tête de l'eau, mais pas les pieds.

De ternes personnages vont prendre les rênes de l'humanité comme si celle-ci était un tableau Excel
Un monde de chiffres en crise où tout l'effort porte à maintenir le plus faible pourcentage du bon côté du manche: c'est le détournement de la démocratie à la faveur des trémolos financiers.
Tant qu'on pouvait fournir à chacun son os sous forme de voiture, de sam'suffit, de plan de retraite, de mobile ou de débat télé, le bastringue fonctionnait.
Aujourd'hui où le Germinal de Zola ressemble à un conte de fées pré-internet, le pouvoir doit resserrer les cordes qui nous relient

dans un espace social désargenté

La société se demande si dieu va redresser l'économie. L'individu, lui, hésite entre ne pas bouger et courir au loin; entre se regrouper auprès de ses pareils et fuir l'appareil (dans les îles Cayman pour les riches, dans une île déserte pour les misérables, en espérant tomber sur une vendredi bien roulée).


Place à pas de place et Occupy ta mère

Chaque frémissement historique a toujours débouché sur deux sortes d'issues: soit le déclin rapide, entraînant la dispersion des liens, des repères et du développement social, soit une brusque poussée en avant, un progrès radical dans les domaines scientifiques, économiques et surtout, politiques. Mais ça dépend du peuple et là, on sait que ce ne sont pas nos sociétés gavées qui auront le courage, comme en Syrie par exemple, d'affronter la répression.


Si vous avez un itinéraire favori prière de le signaler au chauffeur

Sinon faites comme d'hab', draguez la concierge ou le curé, inscrivez-vous dans un nouveau réseau social, droguez-vous, devenez alcooliques, lisez des journaux gratuits et dîtes-vous que c'est de ça qu'on cause. Car après tout ni les sujets, ni les questions abordées n'ont jamais été nécessaires ici: chacun chacune est toujours venu avec ses rires ou ses peurs, ses aveuglements ou ses aliments, ses questions et ses liens, ses confusions et ses éclairs de lumière.

Une question peut-elle être finale?
Pourquoi le monde (sous la forme du FMI) consacre t'il presque tous ses crédits à aider le continent le plus riche?
leblase va t'il chausser du 44?
Devons-nous absolument serrer la ceinture des autres si nous voulons maintenir notre taux de graisse?
Filez-vous toujours un pourboire au taxi, au facteur, au connard qui vous fracasse un demi sur le comptoir?

Le sens a t'il une raison d'être?


Version imprimable le mètre altère


"La première conséquence de l'unité, c'est d'exclure"

Bossuet


 
On peut se demander si les notions éternelles de proximité ou d'éloignement entre humains ont encore un sens.
Si les "relations" que l'on entretient quotidiennement avec des "proches" que l'on ne voit plus depuis des années, ainsi qu'avec le vaste monde devenu si accessible ne sont pas devenues aussi réelles qu'un théâtre en tournée.


Du point de vue du vécu individuel, où donne t'on de la tête?

Le discours absurde de nos faux experts nous parle d'un monde de plus en plus irréel et insensible, sinon insensé et surtout sans conséquences.

Prenons un exemple tout bête: je sais parfaitement que des dizaines de milliers de gens sont en train de mourir de faim en Somalie (c'est un exemple).
En lisant la presse j'apprends ce serait la conséquence des guerres (dont par ailleurs on ne dit jamais l'origine).
En lisant ce que je vais chercher dans la sphère économique, je vois bien que cette famine est surtout le résultat de la curée financière de ce début d'année sur les matières premières alimentaires devenues un enjeu spéculatif qui d'un côté a accru la fortune de certains et de l'autre a rendu la bouchée de pain hors de prix pour le petit paysan du tiers-monde incapable d'acheter de quoi semer, ou le pauvre citadin jeté hors de chez lui.

Suis-je plus proche de ceux quji crèvent dans une misère abjecte digne des plus sombres récits de l'Histoire, une horreur que je n'aurais plus cru possible il y a quinze ans quand je faisais de l'humanitaire à la con?
Ou suis-je plus proche des brillants traders qui ont utilisé à peu près les mêmes canaux dont je me sers pour écrire ce billet?


Du moment que certains bouffent



C'est ainsi que ces notions de distance et de contact échappent au rationnel.
Elles m'éloignent d'abord de moi-même en me permettant sans culpabilité une compassion de trois secondes, une colère vertueuse de cinq secondes (le temps d'envoyer un touit hashtaggé).

En altérant ma sensation de distance à l'autre il y a risque, par suite de dépendance à ce 2.0, d'étouffer mon humanité plus sournoisement mais aussi bien qu'en absorbant le discours fasciste recommandant d'exclure progressivement les laissés pour compte, les différents, les autres.

Les papys et mémés qui hurlaient au téléphone durant les communications longue distance n'avaient-ils pas finalement raison?

Comment perçoit-on le non-dit, le frisson, le battement d'un coeur sur un écran?

Puisque celui qui est loin est plus facile à contacter que celui qui est près, où sommes-nous?


Version imprimable la bringuebale



"Le temps qu'il fait n'est pas le Temps qui passe"

Anonyme, 1397 av. J-C


Je discutais il n'y a pas longtemps avec un de ces jeunes (quadra, hein) dirigeants d'entreprise, beau mec brillant, intelligent, volontaire, cultivé, curieux d'ouvertures et tout et tout et j'avoue avoir été frustré de constater combien la propagande officielle occidentalo-française faisait de ravages.

Partant du prétexte illusoire que nous aurions une presse libre, un tas de gens comme lui ânonnent la bouillie de fausses données, d'éléments trompeurs débités comme incontestables; vantent les distorsions de concepts tels que (par exemple) la liberté et la démocratie, de menteuses conclusions sur le monde et la réalité dont nous abreuvent des médias pressés, sans mémoire et en conséquence, sans références.
A chaque fois l'attention de centaines de millions de gens se porte (est portée, en fait) sur tel ou tel sujet aussitôt oublié pour s'avachir sur un autre, sans recul, sans solution, sans intelligence.
la soi-disant urgence du précédent évènement vite oubliée

Les notions d'aboutissement ou de réalisation ont été remplacées par celles de victoire, de réussite, ou de conquête.
La finalité se résumerait à des épiphénomènes du genre obtention d'un poste, écrasement d'une opposition, conclusion d'un marché, mise au lit, partie gratuite au flipper, accession au niveau 28 d'un jeu en ligne, voire renversement d'X ou Y.
Tout ça est chouette, comme disait mon arrière-grand-père en s'encanaillant mais ne résoud rien à une échelle globale, générale, commune, intemporelle, personnelle.

Pour autant qu'existe encore une personne.

Ce serait du pipeau si cela n'entraînait un des trucs qui devrait nous être le plus insupportable: l'atteinte à la liberté de penser (on ne parlera même pas de la liberté d'expression, qui en découle).

En effet, la pratique (et sa manifestation) d'un mode de pensée, d'évaluation ou d'appréciation différent de celui qui est divulgué par le discours général (un consensus déguisé en débat) devient aussi difficile aujourd'hui dans la sphère occidentale que ce l'était du temps de la domination du clergé.

A chaque fois vous seront opposés des sentimentalismes à deux balles (qui n'aime pas les bêtes n'aime pas les gens, comme disait Hitler) ou objectés des litanies idiotes et limitées par des lois devenues si étroites et irréelles (on ne dit pas un chat noir mais un chat de couleur) que l'espace social se rétrécit à une idéalisation conçue par des gens de peur.

Sans cesse revenir à soi
Réappréhender son propre ressenti, son expérience intime. Se reconnaître dans le souvenir d'un regard, d'une parole ou d'un geste étranger au moule moderne, tout pour (tenter de) retrouver une suite logique authentique, conséquente avec notre humanité.
Il faut sans cesse s'arracher à la domination imprimée ou écranisée par une classe sociale étroite, maigrichonne, inculte, terrorisée mais dominante.
Oublier le vocabulaire des experts de quedalle, et considérer au nom de notre propre individualité le monde, ses agitations et ses étendues avec un regard frais, presque ingénu.
Vous remarquerez que je n'ai pas utilisé l'adjectif "libre", devenu obscène.

Vaut-il mieux arrêter de penser ou arrêter de penser qu'on pense?
Croyez-vous ce qu'on vous dit autant que ce que vous dîtes (ou l'inverse)?
Ce monde du Temps court peut-il durer plus que le Temps long?
Si le Prophète était Papou ou Kanak, porteriez-vous un étui pénien au congrès de l'UMP ou du PS?
Pensez-vous que les missiles transportent une forme de libération?
Savez-vous que le claffoutis aux myrtilles est excellent en utilisant du lait de brebis?



Version imprimable Au tour du centre

de vous à moi


"Le meilleur mensonge, c'est dire qu'on ment"

Albertine Leblase
, lettre à mon père


Devant les infos de la télé, la radio, les journaux papiers ou en ligne ne nous arrive t'il pas de nous sentir séparés du monde en apprenant ce qu'on nous dit qu'il serait advenu?
Sachant que séparé n'est pas forcément exclu, mais veut dire qu'il y a d'un côté le monde, cet espace bourré de vous tous les autres milliards de gens, et de l'autre côté nousmoi, ce déroulement de vie trébuchante?
D'un côté la force du Temps et avec lui l'Histoire, de l'autre le nez sur le guidon et l'oubli que nos esprits sont bien trop étroits pour saisir l'ensemble?
Nous avons le réflexe de croire que nous comprendrons le vrai, et saurons donc discerner le faux, comme si le vaste cosmos était à notre dimension, comme si l'extraordinaire différence entre Pierre et Paul n'existait pas.


Comme si la vérité marchait à visage découvert


Il est certain que les évènements ne se déroulent pas vraiment tels que les petits cerveaux des rédactions de presse nous racontent. Mais c'est plus parce que les journalistes sont enfermés dans le bocal du scoop et de l'annonce, et non pas parce qu'ils attendent un coup de fil du Grand Pouvoir ou des Grands Intérêts qui les sommeraient de dire tel ou tel déroulé, sciemment mensonger.

Nos aïeux reposaient souvent sur le bouche à oreille pour avoir des "nouvelles" (qui n'en étaient plus tant le phénomène était lent) et étaient tributaires de la dérive des transmissions subjectives.
Nous sommes au contraire perpétuellement sollicités par des alertes venant de la Terre entière (Terre dont nous ignorons la réalité dans sa diversité), allant du niveau chat écrasé aux décisions géopoliques gobales, comme si nous étions formés et informés pour en saisir les signifiants.
Ce n'est pas le cas bien sûr, pourtant ce qui est commun aux deux époques, c'est que nous appréhendons le monde à l'aune de nos ethnocentrismes et nos égoïsmes, lesquels reflètent en général nos petites connaissances et nos petits intérêts (ou ce que nous croyons être nos intérêts).

Quoiqu'il en soit, lorsqu'une actualité  bouleversante nous tient soudain tous en alerte, au moins quatre attitudes se distinguent:
  1. On avale tout sans discernement.
  2. "On n'y peut rien!" (le pire, d'après un sondage au sein des Ets leblase))
  3. On intègre l'évènement au sein de la chaîne qui l'a constitué, et l'on tente d'en deviner le prochain maillon.
  4. On refuse d'y croire.

Quelle place donner au mouvement du monde?

Là encore, deux autres attitudes paraissent prépondérantes:
l'une pense qu'on a mal compris mais que tout va s'éclairer.

l'autre pense que c'est une désinformation voulue, qu'on nous cache la vérité.

Bref, le fameux complot.

N'est-il pas amusant de constater que le village global à une grosse tendance à se transformer en forum de concierges?
Qu'au moment où l'on dispose de la fonction d'immersion et de partage, on se replie sur son petit soi tiédasse?
Le réflexe complotiste, manifestation paranoïde à propension universaliste n'est-il pas à la fois le refus du changement et le refus de la différence?
Ce refus n'amène t'il pas souvent à chercher un bouc émissaire?
Un sournois, un traître, un espion, qu'en dénonçant on pourrait éliminer dans l'illusion de repeindre un monde plus conforme à l'étroite chose qu'on est capable d'appréhender?
Le méchant est-il vilain?


Dans ces instants, ne vous vient-il pas à l'idée que le monde serait vrai et vous, faux?
 
Ou le contraire, ça va de soi.


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