Version imprimable Moitié vide

Mais gras double

"Plein de vide il avance.
  Plein.Vers le vide.
 Rien me devient une présence
 Rien n'est vide"

Jéroboam, Reims, 2002
 
Les jours sont comme les êtres, ils passent.
Depuis le point de vue du monde dont chacun se croit le centre on a l'impression de vivre des séances ou séquences: le jour vient, le jour est, le jour s'en va.
L'autre apparaît, l'autre accompagne, l'autre s'en va.
Manquerait plus que les trottoirs roulent

Manquerait plus que le rideau ne tombe

Alors que n'importe quel yogi à deux roupies vous soufflera entre deux Om que l'autre tout aussi illusoire que vous-même continue de vivre son déroulement même en votre absence.
Alors que n'importe quel astrophysicien à deux téléscopes vous dira entre deux corps célestes que le jour est permanent tant que l'astre vit (et encore: quand il meurt il diffuse longtemps encore une lumière supernovaïque: donc c'est le jour d'un autre, ou un autre jour).

Après tout on n'est pas au théâtre avec une entrée côté jardin et une autre côté cour.

C'est juste que nous avons du mal avec la continuité.
C'est juste que nous n'intégrons pas naturellement la réalité de l'hors de nous, même si intellectuellement, s'pas, on peut vous mettre du Balladur Baudrillard au dîner.
Dès qu'il fait nuit nous pensons que le jour n'est plus

Nous avons du mal avec la continuité, et avec la permanence.
Est-ce parce que, pour sécréter une substance indispensable au cerveau, il nous faut dormir et passer sur une autre sphère du vivant?
Est-ce parce nous entretenons l'illusion d'un certain contrôle dans l'état éveillé que nous accordons à celui-ci plus de crédit qu'à l'état du rêve?
Toujours est-il que dans nos limitations il en est du jour comme il en est de l'autre (allez, l'Autre).
Près de nous l'Autre semble plein de vie et susceptible de nous confronter (ou nous offrir) perpétuellement cette surprise merveilleuse et parfois douloureuse d'une énergie renouvelée, dissemblable, inattendue, vierge et parfois complémentaire.
Hors de notre vue (ouïe, toucher, odorat) l'Autre devient un fantasme: nous l'imaginons vaquant à telle ou telle méandre vitale, presque comme un bruit de fond, soudainement et automatiquement surchargé d'irréel jusqu'à sa prochaine (ré)apparition...

La Nature a peur de la peur de la Nature

Croyez-vous toujours que le plein contient?
Que le vide éjecte?
On en tient une couche, non?
Que le silence dort?
Que leblase a pris ses cachets?
Les absent(e)s ne sont-ilelles pas en nous?
Les absent(e)s ne sont-ilelles pas nous?

 


Version imprimable Plus tard qu'ici

c'était mieux

"Pour guérir les maladies héréditaires,
il suffit d'éliminer les parents"

Hyppocrate Jr.
 

Quelques milliers d'années ont permis à l'humanité de se rendre compte que certains jours on aimerait bien être la veille, ou le lendemain.

D'après les plus grands mystiques que j'ai consulté, si dieu avait été plus libéral il aurait travaillé plus, pour créer plus.
Ainsi, un huitième jour n'aurait pas été de trop pour régler un tas de pépins qui nous pourrissent la vie, comme les préjugés, la guerre, le prix du pain, la hotline des fournisseurs d'accès et l'espace immense de nos imperfections.
  Mais voilà, il lui aurait manqué un peu de temps, à dieu.

Or même le plus bête d'entre nous sent bien que s'il y a un temps pour tout, ce qui ne mène nulle part, personne ne peut certifier qu'il y aît un temps pour tous, tout comme on sait qu'il n'y a pas de place pour tout le monde.
La vie, c'est dur.

De la même manière et inversement, ça n'a pas traîné avant qu'un humain ne se dise qu'il aurait préféré être son voisin ou sa voisine, son père/sa mère, son frère/sa soeur, le mari/la femme de son amant ou de sa maîtresse, plutôt que lui/elle-même.

Faut-il être ma fille, ma mère, ma grand-mère ou l'facteur?

Très (très très) vite en effet Machin a envié une qualité présente chez Truc et décidé que s'il l'avait eue, cette qualité, tout aurait été différent (c'est fou ce qu'on est con parfois et toute ressemblance avec, etc est purement fortuite).
D'où cette exclamation si commune à toute civilisation, et exprimée aussi bien en Hittite qu'en Inca, en Dari qu'en Basque, en Cro-magnon qu'en Néerlandais Néanderthalien.:
- "Ahh, si j'étais grand, beau, fort et intelligent comme leblase..."

C'est aussi une des exclamations les plus inutiles qui soit, c'est moi qui vous le dis.

Cette tendance à ne pas vouloir être ni maintenant ni soi se retrouve au niveau local: on aimerait mieux être ailleurs qu'ici, plutôt aux îles Maldives qu'à Saint-Quentin (que ce soit le Saint-Quentin près des filatures dans le Nord, ou la prison de l'autre côté de San Francisco).


Ça n'a l'air de rien, mais c'est une complainte que j'ai entendue partout, venant même parfois de gens tout ce qu'il y a de privilégiés
Si j'avais été ...
 

Pas moi, pas maintenant, pas ici

N'est-ce pas étrange?
N'est-ce pas refuser ce que l'on est, et donc refuser de saisir son monde et sa vie?
Donc refuser de le changer?
Ne sommes-nous pas justifiables de notre époque, de ses injustices et ses fantomes?
Devant la lourdeur de l'état des choses, faut-il se refuser la colère?
Ou bien plus sagement accepter qui nous sommes?
Ce silence qui vient de nous?


Est-il plus légitime de se complaire à déplorer le déséquilibre que franchir le seuil accepté par nos puissantes sociétés?
N'avons-nous pas tous ressenti colère et terreur devant la tristesse de ceux qui comprennent qu'injustice leur sera toujours faite, parfois à notre avantage?
La révolte doit-elle être exclusivement à l'usage des ados?